« Lisa Pélisson creuse à l’excès notre quotidien et s’invite dans le registre de l’absurde. En humanisant ses objets, en les rendant acteurs de leur scène et en les désignant par une majuscule (Coquille Saint-Jacques, Mégot, Paille, Pouf, Cendrier…), elle introduit une certaine confusion dans les règnes en principe bien séparés de l’objet et du vivant. L’artiste confère à ses objets des attitudes et même des comportements sociaux. Ils sont amples, surdimensionnés, légèrement tapageurs.
Des objets dont on irait jusqu’à dire qu’ils sont un rien vulgaires. En femme libre et qui s’assume, la Coquille qui fume écorne le caractère immaculé de ses illustres ancêtres, qu’il s’agisse de la Vénus de Boticelli ou de celle de Bouguereau. La mise en aplat des pièces, façon ‘vitrine’ ou ‘papier glacé’, les éléments synthétiques dont elles s’accompagnent, confortent ce regard parodique et grinçant jeté sur nos sociétés mondialistes et leur lot de loisirs à
bas coût. La branche d’aloé-véra parfois alanguie non loin de la Coquille – le sous-entendu érotique n’est jamais loin – met en évidence une toute autre finition émaillée. Bleu-vert luisant, l’émail est étalé pareil à une crème. Aloé-véra interroge nos prédispositions à fantasmer la nature (New Age) et à adopter dans le même temps des attitudes qui lui sont néfastes. Lisa Pélisson multiplie les
strates de lecture de ses oeuvres et souligne nos paradoxes avec recul et délectation.
Sa logique de fiction repose sur un principe d’installation en constante mutation, au sein duquel les oeuvres se substituent à loisir. »

Stéphanie Le Follic Hadida pour Céramique 14 - 2019